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Sunday, 8 March 2026

La profession d’Adoul au Maroc au bord de la marginalisation

 



La profession du notariat adoulaire au Maroc traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus sensibles de son histoire récente, à la suite de l’adoption par la Chambre des représentants du projet de loi n° 22.16 relatif à l’organisation de la profession d’adoul. Ce projet a suscité une large controverse au sein des milieux professionnels et juridiques, en particulier parmi les adouls, dont un grand nombre estime que ce texte législatif ne constitue pas une véritable réforme, mais pourrait plutôt représenter un tournant dangereux susceptible d’affaiblir cette profession historique.


Pour de nombreux acteurs de la profession, ce qui se joue actuellement dépasse largement le cadre d’une simple modification juridique. Il s’agit plutôt d’une redéfinition des équilibres au sein du système de l’authentification au Maroc, dans un contexte où les considérations professionnelles croisent parfois des intérêts politiques et économiques de certains acteurs influents au sein des institutions décisionnelles.



Une profession historique face au risque de marginalisation


La profession d’adoul constitue l’un des piliers du système juridique marocain. Son existence remonte à plusieurs siècles et elle a toujours été profondément ancrée dans la structure juridique et sociale de la société marocaine. Les adouls ont joué un rôle central dans l’authentification des transactions civiles, familiales et immobilières, contribuant ainsi à la sécurité juridique des contrats et à la protection des droits des citoyens.


Le système juridique marocain se distingue par une caractéristique importante : la pluralité des systèmes d’authentification, où le notariat adoulaire coexiste avec le notariat moderne exercé par les notaires. Cette pluralité a longtemps permis d’offrir différentes alternatives juridiques aux citoyens et de maintenir un certain équilibre au sein du système de l’authentification.


Cependant, plusieurs professionnels estiment aujourd’hui que cet équilibre historique risque d’être fragilisé par certaines réformes législatives susceptibles de redistribuer les compétences d’une manière qui pourrait réduire le rôle du notariat adoulaire.



Une adoption rapide qui soulève des interrogations


Parmi les points qui ont suscité l’étonnement dans les milieux professionnels figure la rapidité inhabituelle avec laquelle le projet de loi a été adopté au sein de la Chambre des représentants.


En effet, malgré les propositions d’amendements présentées par plusieurs groupes parlementaires, aussi bien de la majorité que de l’opposition, dans le but d’améliorer le texte et de garantir un meilleur équilibre entre les différentes professions de l’authentification, un grand nombre de ces propositions n’a finalement pas été retenu dans la version finale du projet.


Pour de nombreux professionnels, cette procédure législative accélérée soulève de véritables questions quant au respect du principe de concertation avec les acteurs directement concernés par cette réforme, d’autant plus que la profession d’adoul représente un secteur important au sein du système judiciaire marocain.



Des critiques directes adressées au ministère de la Justice


Plusieurs organisations professionnelles d’adouls ont exprimé de vives critiques à l’égard du ministère de la Justice, estimant que celui-ci porte une responsabilité directe dans l’orientation du projet de loi vers une réforme qui pourrait fragiliser la profession.


Selon les détracteurs du projet, certaines orientations législatives contenues dans le texte risqueraient de réduire progressivement le champ traditionnel de compétence des adouls, ouvrant ainsi la voie à une extension des prérogatives d’autres professions notariales.


Certains professionnels considèrent également que l’approche adoptée par le ministère dans la gestion de ce dossier a été marquée par un certain manque d’écoute et par une interaction limitée avec les propositions professionnelles et parlementaires formulées par les différentes parties concernées.



Des soupçons de conflits d’intérêts dans les cercles décisionnels


L’un des aspects les plus controversés du débat concerne les soupçons de conflits d’intérêts au sein de certains cercles décisionnels impliqués dans le processus législatif.


Plusieurs professionnels ont en effet souligné que certains responsables gouvernementaux chargés de dossiers liés à la législation appartiennent à l’origine à la profession du notariat moderne, ce qui a suscité des interrogations quant à la neutralité de certaines orientations législatives relatives à la réorganisation des professions d’authentification.


Par ailleurs, la présence de plusieurs parlementaires exerçant la profession de notaire au sein de l’institution législative, notamment dans certains partis politiques influents, est perçue par certains adouls comme un indice d’une possible influence professionnelle directe dans les discussions législatives relatives à l’organisation du secteur de l’authentification.


La polémique s’est encore intensifiée avec le fait que le président de l’Ordre national des notaires occupe également une fonction politique au Parlement, ce qui a conduit certains acteurs professionnels à s’interroger sur les limites entre l’action politique et la défense des intérêts professionnels.



Un conflit latent au sein du système d’authentification


Pour certains observateurs, ce qui se déroule actuellement ne relève pas seulement d’un désaccord technique sur certaines dispositions juridiques, mais reflète en réalité un conflit professionnel latent au sein du système d’authentification au Maroc.


Depuis plusieurs années, les différentes professions du secteur débattent de la répartition des compétences et de l’avenir de la pluralité notariale qui caractérise le système juridique marocain.


De nombreux adouls craignent que certaines orientations législatives ne conduisent progressivement à une réduction du rôle du notariat adoulaire, ouvrant la voie à une restructuration du secteur susceptible d’en modifier profondément l’équilibre historique.



La femme adoul : entre discours et réalité


Le projet de loi a également soulevé des questions concernant la place de la femme au sein de la profession d’adoul. Après les réformes qui ont permis aux femmes d’accéder à cette profession, conformément aux principes constitutionnels d’égalité et d’égalité des chances, on s’attendait à ce que les nouvelles lois renforcent davantage leur présence dans ce secteur.


Toutefois, certaines organisations professionnelles estiment que le projet ne contient pas de garanties suffisantes pour encourager et consolider cette présence, ce qui pourrait maintenir la participation féminine dans la profession à un niveau limité dans certaines situations.



L’avenir de la profession en jeu


À la lumière de ces évolutions, de nombreux adouls considèrent que l’avenir de leur profession est aujourd’hui en jeu. Si la loi est adoptée dans sa forme actuelle, elle pourrait redessiner la carte du système d’authentification au Maroc d’une manière susceptible d’affaiblir l’un de ses composants historiques les plus anciens.


Plusieurs acteurs professionnels soulignent que la réforme du secteur de l’authentification ne devrait pas se faire au détriment d’une profession au profit d’une autre, mais devrait au contraire reposer sur une vision équilibrée garantissant la complémentarité entre les différents acteurs.



La controverse suscitée par le projet de loi n° 22.16 révèle une véritable crise de confiance entre une partie importante des professionnels du notariat adoulaire et les autorités chargées de la réforme législative.


Dans un contexte marqué par des accusations croisées et par des interrogations croissantes quant aux motivations de certaines orientations législatives, il apparaît nécessaire d’ouvrir un débat national approfondi sur l’avenir de la profession d’adoul et sur son rôle au sein du système judiciaire marocain.


La réforme législative ne devrait pas devenir un instrument de redistribution des influences professionnelles, mais doit rester un moyen de renforcer l’État de droit et de garantir la protection des droits des citoyens.


La question qui demeure aujourd’hui posée par de nombreux professionnels est la suivante :

le projet de loi 22.16 constitue-t-il une véritable modernisation de la profession, ou marque-t-il le début d’un processus susceptible d’affaiblir l’un des piliers historiques du système juridique marocain ?

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